SELLIGUE 1784-1845

Alexandre François Gilles dit SELLIGUE 1784-1845

 

Selligue s’appellerait, en fait, Alexandre François Gilles et,

par conséquent, Selligue ne serait qu’un anagramme, un peu remanie à la dernière

syllabe pour respecter la phonétique, de Gilles, son vrai nom.

Forts de ce renseignement, nous avons cherché, dans les Archives de Paris, des

Données sur l’état civil de cet Alexandre François Gilles dit Selligue.

L’acte de naissance, au nom seulement d’Alexandre Francis Gilles, indique qu’il

était fils de Toussaint François Gilles et de Fortunee Françoise Sybille et qu’il est né le 5

Octobre 1784 à la Paroisse St-Sauveur ä Paris.

En revanche, son acte de décès le nomme, sans aucune ambigüité, « Alexandre

François Gilles dit Selligue ».

II y est dit, textuellement, que « L’an mil huit cent quarante-cinq le onze aout est décédé à Batignolles (Seine) rue Moncey 2 Alexandre François Gilles dit Selligue Ingénieur âgé de Cinquante-neuf ans né à Paris, Marié à Félicité Raison Quincy, fils de Gilles dit Selligue et de Sybelle [sic] décédés ».

Les quelques petites imprécisions dans cet acte de décès (I‘extension, certainement

abusive, du surnom de Selligue à son père, la mauvaise orthographe d’un des prénoms

de sa mère, sa mort à 59 ans au lieu de 60) ne suffisent pas à mettre en doute

l’identification entre ces deux personnes.

Tout coïncide, nom, prénom, lieu de naissance, prénom de la mère et, même, l’âge

approximatif au moment de la mort.

Sur les fiches d’état civil, la situation apparait clairement résumée :

 ll y a un Alexandre François Gilles, né le 5 octobre 1784, et un Alexandre François Gilles dit

Selligue, décède le 11 aout 1845.

II semblerait, donc, que le surnom de Selligue ne soit intervenu qu’au cours de la

vie d’Alexandre François Gilles.

Deux autres documents des Archives de Paris, des déclarations de succession

d’Alexandre François Gilles dit Selligue, établies l’une le 11 février 1846, l’autre le 2

mai 1848, confirment son mariage avec Felicite Raison Quincy et signalent l’existence

d’une fille mineure, Alexandrine Valerie Laure Gilles dit Selligue, son héritière.

II est intéressant de constater que, à Paris, une seule naissance est enregistrée sous

le nom de Selligue. C’est celle, justement, d’Alexandrine Valerie Laure, fille

d’Alexandre François Gilles, dit Selligue, qui a eu lieu le 7 avril 1830.

Malgré le fait que les Archives de Paris soient incomplètes, à cause de l’incendie de

l’Hotel de Ville en 1871, nous pouvons quand même déduire, faute d’autres exemples,

que Selligue était un nom extrêmement rare, sinon jamais utilise autrement qu’en tant

que surnom.

Un certain L. Selligue, le seul cas que nous avons pu relever en dehors du Gilles dit

Selligue qui nous occupe, vient corroborer cette thèse. II a écrit une petite brochure de

16 pages, intitulée Liska, ou I’lndien et le Français, dialogue critique sur la France du

dix-neuvième Siécle (Paris, 1829), qui est de pure conception littéraire II ne serait donc

pas étonnant qu’il s’agisse, encore là, d’un surnom mais nous laissons aux spécialistes en

la matière le soin de savoir plus sur cet autre Selligue.

Revenons au notre.

Rappelons, pour commencer, que tout ce que nous savons de lui se résume, en fait,

à son nom, Alexandre François Gilles dit Selligue, et à ses activités dans le domaine des

schistes bitumineux.

Malgré la spécificité d’un nom aussi peu usité, alors comme aujourd’hui d’ailleurs,

rien ne nous permettrait encore d’affirmer qu’il s’agit bien là du même Selligue,

inventeur d’un microscope achromatique, qui est, finalement, celui qui nous Intéresse.

Or, ll se trouve justement qu’il existe, en tout cas à la Bibliothèque nationale à

Paris, un Dictionnaire général du Commerce (Paris, 1828) signe de « A. F. Selligue,

Imprimeur-Libraire, Membre de la Société Helvétique des Sciences Naturelles, de la

Société des Arts de Genève, de la Société d’Encouragement de Paris ».

Nous remarquons la concordance des initiales des prénoms mais pouvons toujours

nous étonner de la présence de Selligue dans le monde de l’imprimerie .

II est pourtant clairement indiqué, au verso de la page de titre de son Dictionnaire,

« Imprimerie de Selligue, Breveté pour les Presses mécaniques et à vapeur, rue des

Jeuneurs.  » Aussi, au chapitre de la « Liste Générale des principaux habitants de

Paris », à Ia lettre ‘S’, ll n’y a qu’un seul Selligue, lui-même, à la rue des Jeuneurs.

Quant à ses titres, vérification faite, nous n’avons pas pu trouver confirmation de

son appartenance aux deux sociétés suisses. En revanche, c’est par le truchement de la

Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, de laquelle Selligue a très

probablement fait vraiment partie, que nous avons pu établir le lien avec le Selligue de

notre microscope

Le Bulletin de cette société publie, en 1824, un extrait du rapport de Fresnel sur

Ledit microscope et, à la fin, une petite note indique que « M. Selligue, auteur de la belle

presse mécanique, dont nous avons donné la description dans le dernier numéro du

Bulletin, demeure rue des Vieux-Augustins, n° 8, à Paris. »

L’année suivante, dans ce même Bulletin, Hachette est encore plus clair : « Cette

omission [manque de microscopes achromatiques a été réparée par un artiste distingué,

  1. Selligue, mécanicien, à qui vous avez accordé, en octobre 1823, un prix pour

L’établissement de nouvelles presses d’imprimerie mécaniques ; ll a, le premier, présenté

à l ‘Académie royale des sciences un microscope à objectif achromatique, qu’il avait fait

exécuter par M. Vincent Chevalier aine « .

Cependant, nous pouvons pousser encore plus loin notre méfiance et nous

demander si ce A F. Selligue, auteur du dit Dictionnaire et de notre microscope

achromatique, dont nous ne connaissons finalement que les initiales des prénoms, correspond

bien à l’Alexandre François Gilles dit Selligue qui extraya du gaz d’éclairage des

schistes bitumineux en Saône-et-Loire.

Une phrase de Wartmann, ancien Recteur de l’académie de Genève, nous rassure :

« Un inventeur qui avait des relations multiples avec Genève, Selligue, déjà nommé,

construisit en 1822, à Paris, une presse capable d’imprimer en une heure douze cents

doubles feuilles 4°. – II éleva sur l’ile des Barques (maintenant ile J.-J. Rousseau) une

girouette qui mettait en mouvement une pièce sur laquelle on pouvait lire le vent

régnant. On lui doit un microscope qui porte son nom, des essais de fabrication du gaz

d’éclairage par la carburation de J’hydrogène contenu dans l’eau, etc. »

Désormais, le doute n’est plus permis. Le fameux Selligue, qui s’est occupé de

schistes bitumineux, d’imprimerie et de l’achromatisation du microscope, s’appelait en

fait Alexandre François Gilles.

 

L’incursion de Selligue dans le monde de la microscopie, dont nous venons de faire

un rapide tour d’horizon, est, en dernière analyse, truffée de contradictions.

II est, d’abord, frappant de constater que, autant cette incursion a été brève, autant

son impact a été puissant et marqua toute une période.

Lister, en 1830, lui reconnait le mérite du précurseur :

« Yet, inferior as was the instrument of Selligue, the happy idea of combining achromatic object-glasses, now generally adopted and to which their present superiority is owing, seems to have

occurred to no one else till put in practice by him; … »

Et Charles Chevalier, mêlé à l’affaire depuis le début, estime que « II est bon

d’observer que le rapport de Fresnel sur le microscope achromatique que j’avais

construit avec mon père pour M. Selligue, fut la cause première de tous les travaux

qu’on exécuta depuis cette époque. »

Selligue a donc relancé la recherche de l’achromatisation du microscope, en perte

de vitesse depuis quelque temps, et crée une dynamique qui entraina à sa suite les

Chevalier, père et fils, ainsi qu’Amici, reconverti à nouveau aux lentilles.

Pourtant, peu de ses microscopes ont du être construits, vu la querelle qui éclata

entre l’inventeur et le constructeur ainsi que le nombre extrêmement réduit d’exemplaires

connus aujourd’hui, dont le notre est, d’ailleurs, le seul portant la signature des

premiers protagonistes.

Malgré tout cela, le manque de pièces et la brièveté de l’intervention de l’inventeur,

tant la littérature de l’époque que l’actuelle, consacrée à l’histoire, font invariablement

référence à Selligue et à son microscope.

L’autre contradiction à souligner est le fait que le microscope de Selligue fut

souvent décrit et célèbre tandis que l’homme resta inconnu et insaisissable.

Par exemple, qu’a-t-il fait pour les sciences en dehors de son microscope

achromatique?

Nous n’avons pas découvert grand-chose dans le domaine scientifique mais

remarqué qu’il toucha un peu à tout avec, souvent, du succès.

Au moment même, d’ailleurs, où il travaillait à son microscope, en 1823, il gagna

un prix pour ses nouvelles presses d’imprimerie mécaniques. En 1828, il publia un

Dictionnaire du Commerce et est imprimeur.

II s’occupa, par la suite, de schistes bitumineux, en extraya de l’huile et déposa des

brevets pour en tirer du gaz d’éclairage, qu’il appliqua à quelques villes importantes

comme Dijon, Anvers et Strasbourg.

II fut, sans doute, un personnage curieux avec un nom tout aussi curieux.

Pour conclure, remarquons que, aujourd’hui comme autrefois, Selligue se révéla

être un nom pas du tout courant en France.

Le seul Selligue, né à Paris, que nous avons pu relever est justement la Tille de notre Selligue qui, lui, est ne Alexandre François Gilles le 5 octobre 1784 et décède le 11 août 1845, avec le sobriquet de Gilles dit Selligue.

 

REMERCIEMENTS

L’aide et les facilites qui nous furent octroyées par Monsieur Oursei des Archives

de la Saone-et-Loire, ainsi que par Monsieur Jean et Madame Desmazery des Archives

de Paris, ont beaucoup contribue à l’aboutissement de nos recherches sur Selligue. II en

est de même de Madame Chivaley des Archives de la Chambre de Commerce et

d’Industrie de Lyon.

Aux uns comme aux autres, nos vifs remerciements.

 

Source : Le microscope achromatique de Selligue, auteur Archinard, Margarida, journal Archives des sciences et compte rendu des séances de la société. Volume 46 1993 livre 1 archives des sciences.

http://doi.org/10.5169/seals-740443

Liste des microscopes de SELLIGUE 1784-1845
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